Carnet de route

Raid Vanoise 2018

Sortie :  Raid Glaciaire en Vanoise du 23/08/2018

Le 28/08/2018 par Stéphane Warnet

Je hais les voyages. C’est ainsi que M. Levis-Strauss ouvre de manière peu engageante mais intrigante son ardu « tristes tropiques ». 

Je hais les comptes rendus. 

J’y préfère de loin les récits.

Aussi je vais laisser ici de côté l’abondance de chiffres pour essayer de vous amener vers le ressenti.

Cela faisait maintenant bien longtemps que la vue lointaine des pics, dômes et combes englacées de la Vanoise, aperçues lors de quelques ascensions du massif du Mont-Blanc, m’avaient suggéré la promesse de belles journées tranquilles entre alpages bucoliques et glaciers.

Ma jeunesse téméraire se refusant à tout compromis sur une facilité supposée, j’ai longtemps remisé cette visite, que l’âge m’a finalement amené gentiment à accepter...

Voilà, comment à 46ans, on devient prêt, malgré soi, à passer de l’alpinisme à la randonnée glaciaire !

Mais non, mon esprit se sentant toujours d’une jeunesse sans faille, il me fallut tout de même espérer secrètement réaliser quelques acrobaties rochassières lors de notre petite expédition.

Et voilà comment on se retrouve avec du matériel superflu dans le sac pendant 6jours, comme une boursoufflure d’orgueil pesante, qui vous gâcherait un peu le plaisir simple de la facilité.  Les épaules de mes comparses en subiront donc de même les effets néfastes, et j’en suis fort désolé.

Nous nous retrouvâmes donc 5 au lieu de 7 au départ de Grenade Sur Garonne : Ludivine, Mélanie, Michel, Gilbert et moi-même, Stéphane. Christian, s’étant pris un instant pour le vaillant Achille lors d’une préparation technique, avait vite découvert qu’il partageait avec ce héros antique une faiblesse : rupture du tendon d’Achille, imparable. Brigitte s’étant offerte une glissade qui eût pu fort mal se terminer avait besoin de repos. Nous avons bien pensé à vous, et vous avons ramené multitudes de belles photographies.

A l’issue d’une bien longue journée de route jusqu’à Pralogonan, nous pouvons enfin nous extraire de nos carcasses d’acier pour respirer l’air léger et frais de la Vanoise. Quelques nuages sombres nous promettent une fin de montée au refuge de la Vanoise plutôt arrosée.

Comme évoqué précédemment, les sacs, un peu surchargés en matériel (inutile), vont encore une fois martyriser un peu nos fragiles épaules. Nous partons depuis Pralognan, afin de récupérer directement la voiture au retour.

Je crois que Mélanie a eu sa première ampoule en posant le pied par terre en sortant de la voiture, on pourra saluer sa persévérance à marcher dans ces conditions !

Montée douce sur ce sentier très fréquenté, a juste titre, sous un soleil hésitant. Au lac des Vaches, point de placide bovidé, mais on entraperçoit la fabuleuse Grande Casse dont le glacier dégoulinant se reflète timidement sur l’eau, scindé en deux par la surprenante allée pavée qui traverse ce lac peu profond. Nous empruntons l’allée avec le sentiment de marcher sur l’eau, ce qui peut étonner vu le poids cumulé de nos corps athlétiques et de nos sacs à dos.

La lumière s’assombrit, l’air se fraichit soudain et un grain vivifiant nous oblige à sortir nos vestes, dans une belle ambiance automnale, puis nous voici au joli refuge de la Vanoise, juste à temps pour une douche et passer à table.

Contraste agréable depuis Toulouse et sa chaleur étouffante.

Réveil matinal pour monter vers la pointe de la Réchasse, modeste objectif du jour. Un brouillard plus ou moins épais nos enserre. Le sentier très bien carné nous élève rapidement au-dessus des alpages, slalome entre quelques barres rocheuses vers les pierrailles qui jouxtent la langue terminale du glacier de la Réchasse. Nous chaussons les crampons, Mélanie nous proposant d’expérimenter de mettre les pointes avant sur le talon (peut-être une idée de Christian ???). Encordement réglementaire, petite traversée sur le glacier, un petit coup de gps  dans le brouillard, pour trouver l’épaule généreuse de la Réchasse qui nous portera vers le sommet. Très belle vue sur le Cairn sommital, mais guère plus.. ah si attendez, une légère déchirure nous laisse entrapercevoir un petit bout de grande Casse, très pudique de bon matin, et légèrement poudrée sur ses crêtes.

Nous nous apprêtions à redescendre au refuge, mais la météo donnant quelques signes encourageants, nous nous sommes dirigés sur ce plat glacier vers la bosse de Roche Ferran, après moultes traversées de cannelures de neige bien pénibles, mais esthétiques.

Sans doute pour nous récompenser de notre entêtement, un soleil généreux s’installe.

On est bien sur ce glacier, seuls au monde, il fait bon, pourquoi se presser ?

Nous partons donc à la recherche de crevasses, bien difficiles à dénicher sur un glacier aussi plat. Nous trouvons deux dépressions, genre canyon glaciaire, ou l’eau file au milieu d’une glace grisâtre vers de petits lacquets bleus turquoises. C’est joli, c’est l’occasion de faire un peu de pente plus raide sur les flancs du canyon, et aussi un petit exercice de mouflage. Et voici après quelques heures agréables un retour heureux vers notre bienveillant refuge.

Prévisions météorologiques peu encourageantes pour le lendemain, nous nous décidons pour une montée au col de la grande casse, avec une petite incertitude sur le raidillon final où nous espérons une corde fixe. Mélanie et Ludivine décident de trainasser au lit. Nous partirons donc entre hommes, vaillants conquérants de l’inutile.

Réveil à nouveau matutinal, préparation rapide (je tenais d’ailleurs à féliciter le groupe pour sa capacité à se préparer rapidement le matin), et montée... dans le brouillard vers l’imposante moraine qui borde le glacier de la Grande Casse. Un petit point GPS pour le retour et nous voici sur ce glacier noir, où l’on aperçoit encore parfois la glace écrasée sous des tonnes de gravats. Très belle ambiance entre brouillard, caillasse et murailles infâmes nous surplombant et entraperçues dans d’éphémères éclaircies. Ce genre d’endroit n’est pas fait pour l’homme, c’est donc génial d’être là. Finalement nous laissons rapidement les nappes de brouillard pour nous élever au-dessus d’une mer de coton, alors qu’inexorablement le cirque qui nous entoure referme son étau pour nous amener vers le Col. Enfin la neige, encordement par précaution, une petite pente qui se redresse gentiment, surplombée à droite par d’infâmes couloirs provenant de la Grande casse, à gauche par les hautes falaises jaunes de la pointe de l’Epena. Les nombreuses traces d’impact de pierres de tailles diverses nous incitent à la rapidité. La corde fixe est en place, facilitant l’escalade d’un tas de boue vertical, heureusement encore gelé. Le basculement au col nous plonge dans l’émerveillement du spectacle grandiose de la face nord de la Grande Casse, son fameux couloir des Italiens et son énorme sérac suspendu. Un beau glacier s’étale à ses pieds, proposant de belles crevasses bleutées. Cependant, le soleil ne tarde pas à darder ses rayons vengeurs sur les hautes crêtes instables de la Grande Casse, ce sera bientôt l’heure du pilonnage en règle. Aussi nous optons pour le rappel, afin de nous éloigner de cette zone de guerre. Retour rapide au refuge, où nous retrouvons Mélanie et Ludivine empêtrées dans leurs exercices de mouflage, vachées sur la table pic-nic. On peut les féliciter d’avoir bien fait leurs devoirs, les profs sont (parfois) plus studieux que leurs élèves !

La petite tempête prévue s’abat, et l’après-midi sera bien long, et nous verra jouer difficilement au « trou de cul », rôle que j’assumerai avec passion, malgré l’adversité de Mélanie qui n’acceptera jamais vraiment la pertinence de mes règles (désolé, ce sont mes enfants, ce n’est pas moi !).

RE-re-re-réveil matinal, dans un petit matin glacé au sens propre, la tempête ayant délicatement déposé verglas et neige sur notre itinéraire. Délicate attention qui rendra bien plus intéressant l’itinéraire de montée rendu fort glissant et méconnaissable, vers le Glacier de la Réchasse, sous une belle lune pleine et lumineuse. Encore une très belle ambiance d’automne (mais au fait, ne sommes-nous pas normalement en été, et sous la canicule ???).

Un groupe nous suit, qui se contentera de la Réchasse, dont l’un des membres monte tranquillement les mains dans les poches en basket, alors que nous surveillons chaque pas. Ce n’est pas que ce soit difficile ou risqué, mais on peut vite se faire bobo en ripant.

Nous retrouvons notre cher glacier, Mélanie abandonne son concept de crampon inversé, et nous nous élevons sur ce long, très long, faux plat, vers la pointe du Dard. Nous avons en effet rapidement oublié l’idée de la traversée du Mont Pelve, caparaçonné de neige et glace.

J’y accrocherai cependant un regard d’amoureux éconduit pendant toute cette traversée glaciale, car ce doit être une bien belle petite course entre neige et rocher. Le poids des sangles, friends et mousquetons devenus soudain aussi inutiles qu’un distributeur de glaçons sur la banquise, se chargeant de me rappeler la difficulté de bien choisir un matériel adéquat lorsque que l’itinéraire est encore incertain. Ah ! solitude et grandeur de l’encadrant qui doit seul définir et assumer ses choix, bons ou malheureux (c’est beau, non ?).

Après cette pénible mais très belle traversée antarctique (une petite pensée pour Jean Louis Etienne : comment et pourquoi s’infliger ça pendant des mois ???? et tout seul ???????), une petite pente et hop, sommet de la pointe du (gros) Dard (poilu). C’est plutôt une grosse bosse en fait. Le Mont Blanc nous invite au loin à une prochaine rencontre. Peut-être, un jour si la prude administration locale autorise toujours son ascension par des amateurs que nous sommes.

Météo au top, nous enchainons prestement la descente vers le col du Pelve, où nous ne trouvâmes guère de difficulté, pour nous poser finalement sous le dôme de Chasseforêt pour un pic-nic mérité.

La descente du glacier du Pelve ne pose pas de difficultés, mais demandera beaucoup d’attention, et de raccourcir l’encordement, dans la pente de la langue terminale où il ne fallait pas se prendre les crampons dans les chaussettes.

Le recul du glacier a laissé de splendides cannelures en rocher ocre et lisse, dans lesquelles nous cheminons comme dans un labyrinthe géant. Très beau moment. Nous rejoignons finalement le sentier du tour de la Vanoise, pour une longue traversée à flanc vers le refuge de l’Arpont, après une journée bien remplie. Quelques bouquetins nous saluent au passage de leurs bois majestueux, un chamois fonce à travers la pente, les marmottes grassouillettes se dandinent hors de leurs trous tandis que l’aigle nous surplombe, le tout sous l’autorité bienveillante du dôme de Chasseforêt et de son glacier lumineux sous un beau soleil d’été.

La carte postale de la Vanoise, mais en 4D, le bonheur.

Après une tisane offerte pour 3euros (ce sera le seul chiffre de ce récit !), un repos bien mérité.

Réveil tardif, à la hauteur de nos ambitions du jour, quoique. Les corps sont fatigués, ainsi que les chaussures de Gilbert, dont la semelle ne tiendra plus désormais que par magie et fil de fer.

Nous partons avec la vague idée d’aller au dôme de Chasseforêt, enfin pour Michel, Mélanie et moi. La traversée vers le refuge de la Valette prévue pour le lendemain nous a été fortement déconseillée pour risque d’éboulements à la descente, aussi nous savons déjà que le retour se fera en rando sur le sentier, et il faut du coup tenter de s’élever vers le dôme aujourd’hui.

Ludivine, Gilbert et ses résidus de chaussures nous accompagnerons jusqu’au lac de l’Arpont. 

Une petite recherche d’itinéraire pour atteindre le pied du glacier, puis nous les laissons pour nous hisser sur la pente assez raide de la langue terminale du glacier, en contournant soigneusement sa grosse bouche ouverte, dégueulant son eau glaciale.

Nous trouvons enfin quelques jolies crevasses qui demandent un peu d’attention et quelques contournements, pour arriver dans une espèce de cirque glaciaire. Une barre de glace raide ferme ce cirque et seule une rampe diagonale de gauche à droite en permet l’ascension. Il est tard, le glacier vomit quelques pierrailles sur la rampe à gravir, Michel avoue en premier sa fatigue, suivi avec opportunisme par Mélanie : il est sage de faire demi-tour. Je profite à la descente d’un joli petit pont de glace repéré à la montée pour donner quelques sensations à mes compagnons : quelques mètres en équilibre sur une arête de glace suspendue au-dessus du vide turquoise d’une très belle crevasse, ça fera des souvenirs !

La descente du raidillon final, plutôt long, demandera à nouveau de l’attention et des cuisses, et Mélanie s’en sortira parfaitement bien, bravo !

S’en suit une très belle balade au milieu des lacquets, miroirs parfaits des sommets alentour, pour finir par le superbe lac de l’Arpont à la belle couleur turquoise laiteuse propre aux lacs glaciaires. Un aigle nous frôle, je n’ai vu d’abord que son ombre large venir sur moi, puis senti le souffle de sa voilure.

Nous retrouvons tranquillement le refuge après une courte mais pénible descente de la vieille moraine qui domine directement le refuge.

Après un repas de qualité, et un sommeil légèrement perturbé par les doux ronflements de notre compagne de chambre du jour, nous voici sur le chemin du retour vers la civilisation.

Nous nous trouvons longtemps seuls sur le sentier, au milieu des chamois, bouquetins et marmottes. Chaque détour de sentier nous offre des perspectives différentes sur ce beau massif qui ouvre de longues vallées glaciaires, dans une lumière délicate, nos poumons s’emplissant avec délice de cet air frais si particulier en montagne. Une nouvelle série de petits lacs miroir ornés d’herbe tendre, de la poésie pure.

Nous retrouvons l’homme et son histoire sur un petit fortin qui garde la vallée, vestige de la folie d’une guerre passée, et retrouvons l’homo randonnatus puis l’homo touristus en remontant doucement vers le col de la Vanoise, après la traversée d’un original champ de cairns artistiques, sous les pentes croulantes de la Grande Casse et le sommet sympathique de la Réchasse.

Il est temps de rebasculer vers nos vraies vies. Je cours devant chercher la voiture afin de la remonter au parking des Fontanettes. Un court arrêt au lac des Vâches, ou la Grande Casse se reflète aujourd’hui dans toute sa majesté. Il faudra revenir la gravir plus tôt en saison. 

Tout le monde se retrouve en bas, un peu fatigué mais heureux de ces très belles journées en montagne, sans grand exploit technique, mais dans le plaisir simple des moments partagés.

Merci à tous, Ludivine, Mélanie, Gilbert, Michel, pour votre bonne humeur et votre sincérité, ce fut du pur plaisir !  Amicalement, Stéphane

https://photos.google.com/share/AF1QipNQfIwNNOUisMp1wcW7PheqOPO-Qf8dlIcgExb4E_advFpqf_d4JsldCugKkHgKhA?key=cUpIN1k3WDlsOWFTZWlQT2ppSE9Nck1nclBRekF3
 

 

 






LESPIEDSHAUTSLAIDS AFFILIE FFCAM
17 RUE ODERZO
31330  GRENADE SUR GARONNE
Contactez-nous
Tél. 06 88 08 44 34 / 07 87 35 46 30
Activités du club
Agenda